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Véyatif

Véyatif

Fédération Santé et Action Sociale (FSAS-CGTG). “ Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience" K. MARX


LETTRE OUVERTE A Mme Agnès BUZYN, Ministre des Solidarités et de la Santé

Publié par FSAS-CGTG sur 5 Décembre 2017, 22:11pm

Projet sanitaire Guadeloupéen suite à l'incendie du C.H.U.

                

Madame la Ministre,

            En date du 29 Novembre 2017 , nos camarades du Syndicat CGTG-CHU de Guadeloupe vous ont transmis un courrier, faisant suite à l'incendie du 28 précédant au C.H.U. de la Guadeloupe et vous faisant part de leurs interrogations et réclamations urgentes en cette circonstance.

            Quant à nous, Fédération regroupant l'ensemble des structures syndicales de base de la CGTG dans le champs du Sanitaire et du Social en Guadeloupe, nous n'avons eu de cesse d'interpeller votre prédécesseur sur la situation sanitaire et sociale et le caractère archipélagique - avec risques majeurs avérés - de notre île.

            Nous vous renvoyons aux lettres ouvertes des 17 Juillet 2014 et 24 Février 2016, adressées à Madame la Ministre - Marisol TOURAINE - ainsi qu'à celle du 20 Septembre dernier, adressée à Monsieur le Président de la République, où nous mettions l'accent sur la prise en compte des difficultés géographiques - géologiques et climatiques de la Guadeloupe avant toute application de décisions technocratiques ou de lois planificatrices ne tenant compte que de constats continentaux et d'un choix politique.

            Ainsi, avions souligné notre opposition aux GHT, singulièrement à un GHT unique autour du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe. Nos arguments étaient fondés sur ce que nous considérons relevé du bon sens, au vu des risques divers de ce Pays, ne pas concentrer l'offre sanitaire singulièrement sur une des zones les plus vulnérables de l'ile.

            L'incendie du 28 Novembre vient étayer notre analyse qui, sommes toutes, demeure pragmatique quant aux expériences du passé qui nous ont démontré que si l'ile n'est pas grande, elle souffre de moyens de déplacements d'un point à un autre, en tout cas sur terre puisque rien ne semble avoir été convenu par air ou mer alors que cela est possible (existence de ports et aérodromes conséquents).

            La FSAS-CGTG estime que cet événement met l'accent sur la nécessité de ne pas appliquer, en Guadeloupe, la politique nationale qui conduit à réduire ou mutualiser les moyens structurels - matériels et humains. La FSAS-CGTG rappelle qu'elle s'est toujours prononcée  :

  • Pour la construction d'un nouveau CHU répondant aux réalités objectives de la Guadeloupe.
  • Pour la prise en compte du caractère particulier de la Guadeloupe,  Archipel à risques multiples : Séismes, volcanisme, cyclone, submersion.
  • Pour une psychiatrie uniformisée sur tout le territoire Guadeloupéen avec les moyens nécessaires et non par un accolement de deux budgets déjà insuffisants.
  • Pour la création d'un grand secteur gérontologique et gériatrique autour du Centre Hospitalier Gérontologique du Raizet (prochainement délocalisé à Palais-Royal, non loin du futur nouveau C.H.U.), puisque ce Centre Hospitalier est déjà référent dans ce domaine, en coopération avec une gériatrie universitaire au C.H.U.. En ce sens, nous restons contre une Direction commune entre le C.H.U. et le C.H.G.R. que nous considérons être l'issue vers une fusion qui serait catastrophique.
  • Pour la prise en compte de l'évolution de la population et des problématiques sanitaires.
  • Contre les GHT même si, la loi s'imposant, la FSAS-CGTG a préféré trois GHT en lieu et place d'un seul au nom du principe de précaution : "Ne pas mettre nos œufs dans un seul panier".

             Le CHU a bénéficié d'un redéploiement rapide sur tous les autres centres hospitaliers et autres Cliniques, mais imaginons un tel événement après un séisme ou pendant un ouragan ?

            Notre interrogation n'est ni inopportune ni farfelue car cet événement vient de faire la démonstration, comme nous le disions dans la lettre ouverte à Madame Marisol TOURAINE, en date du 24 Février 2016 : " Rien ne peut être pensé comme en Ile-de-France, ce n'est pas de la spécificité, encore moins une vue de notre esprit, mais la réalité". Ainsi, l'ARS, ayant sa lettre de mission et dans une logique comptable et technocratique, n'a qu'une obsession : Faire un GHT unique en Guadeloupe autour du CHU. Si le CHU est une nécessité sanitaire, et personne ne peut dire le contraire en dépit du fait qu'il soit décrié, nous ne devons pas nous cacher derrière cette nécessité pour faire évoluer la santé de l'ile en bloc monolithique et ne pas investir socialement dans un projet à long terme.

            Face à cette crise sans précédent, la proximité sur le territoire des structures environnantes a été salutaire pour les patients : le CHBT disposant encore d’une maternité de niveau 3 a pu prendre en charge les nouveaux nés de la réa-néonatalogie du CHU et d’une capacité d’accueil suffisante pour la quarantaine de patients de cardiologie USIC et médecine, neurologie et gastro-entérologie et la polyclinique a pu accueillir une partie de sa maternité. Or, nous avons pris coutume de n'entendre que l'argument économique et de l'offre de soins pour fermer ces mêmes structures.

            Heureusement que l'hôpital local de Capesterre-Belle-Eau a fini par ouvrir les portes de son nouveau siège pour accueillir près d'une cinquantaine de patients, or ce projet a failli être abandonné.

            En dehors de cet aspect, nous sommes obligés de constater que si le personnel de ce C.H.U. ne s'était pas mobilisé en conséquence - avec même l'aide de nombreux retraités du soin - ce phénomène aurait pu être beaucoup plus grave. Vous avez, par vous-même, pu percevoir cette réalité irréfutable alors même que l'on avait pris la mauvaise habitude de médire la pratique de ces professionnels qui se donnent sans relâche mais avec des moyens de plus en plus rares. Il apparait bien que tout nouveau plan sanitaire ne pourrait se conclure sans tenir compte des réalités climatiques, sismiques et archipélagiques de la Guadeloupe qui ne pourrait continuer à souffrir de l'application stricto sensu de plans inadaptés à son contexte.

            Une réflexion urgente et consensuelle avec tous les intervenants du sanitaire, y compris de la santé mentale et la gériatrie qui répondent à des obligations sociales contemporaines, et du médico-social est nécessaire pour élaborer un nouveau PRS  répondant non pas aux injonctions financières mais à un véritable projet social et humain dans un Pays qui souffre déjà de trop de difficultés sociales pour y laisser sévir des problématiques sanitaires indignes du vingt-et-unième siècle. Ce projet doit tenir compte du fait que la zone la plus sécurisée est entre Deshaies et Vieux-habitants (BRGM 2012) et des risques, naturels ou non, mais divers. Ce projet peut se permettre de prévoir un service multiple - en cas de plan blanc - dans cette zone de repli qui a déjà une hélistation comme cela se fait en d'autres lieux.

            Aussi, osons-nous croire que cet incendie ne sera pas l'occasion de faire investir en urgence les locaux du C.H.G.R., via le S.S.R., au nom de la Direction commune qui semble se mettre en place sans discussion aucune. Si c'est le cas, il serait détestable de la part de l'Etat de cacher son jeu quant à sa véritable participation financière dans la construction du prochain C.H.U. en biaisant sur le C.H.G.R., établissement pensé dans l'espoir de répondre à une véritable demande d'une population vieillissante selon les chiffres officiels.

            Si ce n'est pas le cas, nous osons croire que l'hôpital de campagne n'est pas là seulement pour expérimenter ce qui n'a jamais été en France. Le provisoire doit céder, autant que faire se peut, la place au définitif après la sécurisation et la réfection du C.H.U. actuel, donnant lieu au retour du bon fonctionnement en attendant 2022, à minima, et souhaitant que l'Etat respecte ses engagements d'un financement total du nouveau C.H.U. dont la Guadeloupe a urgemment besoin.

            L' exigence est de faire place à la raison, de tenir compte des remontées des professionnels de la santé et de la réalité de terrain afin d'éviter qu'un tel événement ne tourne au drame par manque de vision politique au profit de l'économie qui est incapable de répondre aux questions humaines et sociales stricto sensu.

            Dans l'espoir d'avoir attiré votre attention sur les faits et la réalité sanitaires en Guadeloupe,

            Nous vous prions, Madame la Ministre, d'accepter nos sentiments respectueux.

 

Le Secrétaire Général

BELAIR Philippe

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